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Ceci est la transcription de l’épisode #228: A propos des arguments de Catherine Vidal (1. Taille du cerveau et lien entre taille du cerveau et intelligence) du balado Scepticisme scientifique. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription. Salut, c’est Nicolas Gauvrit pour Scepticisme scientifique, le balado de la Science et de la Raison.Nous voilà en 2014 et on va commencer, très fort vous allez voir, avec une série de petits billets sur un thème très polémique. Nous autres zététiciens, nous autres sceptiques, rationalistes, lorsque nous discutons avec des croyants au paranormal, aux ovnis, à la dangerosité de l’aspartame, nous sommes toujours très étonnés par 2 caractéristiques qu’on rencontre régulièrement avec ces « croyants :– une attitude hypercritique,– un rejet de la méthode scientifique. 1er point, l’attitude hypercritique :Alors je précise un petit peu, voilà ce que ça donne dans la réalité : vous êtes en train de discuter d’homéopathie, d’ovnis, de paranormal, de fantômes, de l’existence de la vie après la mort… avec des gens qui ne sont pas de votre avis, qui ne sont pas rationalistes, qu’est-ce que ça donne ? L’attitude hypercritique, ça consiste à aller chercher la petite bête à un point qui devient délirant. C’est-à-dire que c’est l’art du doute poussé à l’excès. Alors vous avez des gens, par exemple, qui vont vous dire, si je prend l’exemple des ovnis pour faire plaisir à Jean-Michel Abrassart : « Les ovnis sont des soucoupes volantes », et vous leur dites : « Regardez, il y avait 300 cas recensés, les chercheurs ont essayer d’élucider ces cas et pour 295 de ces 300 cas ils ont trouvé une explication tout à fait rationnelle (méprise lune, ballon qui volait, phénomène météorologique…), et il reste 5 cas qui ne sont pas expliqués parce qu’on n’a pas assez de données ». Ensuite on ajoute : « Il y a tout un tas d’études en psychologie qui montrent les limites du témoignage humain et qui expliquent pourquoi on peut observer parfois des témoignages même concordants, même nombreux, qui en fait sont tous faux sur un point capital, ce qui fait que les témoignages d’ovnis, ça reste quand même douteux ». Et vous avez en face de vous des gens qui vous répondent : « Oui, mais il reste quand même ces 5 cas, et puis les témoignages sont parfois corrects, même s’ils ne sont quand même pas fiables à 100%, alors quand il y en a beaucoup il y en a quand même un de correct… ». C’est ça l’attitude hypercritique, chercher la petite bête. On peut toujours chercher la petite bête, on peut toujours trouver quelque chose d’un petit peu douteux dans une étude ; et l’esprit rationaliste, l’esprit sceptique, zététique, ça n’est pas de tout rejeter ou de n’accepter une conclusion que quand on a une preuve absolue, universelle, du résultat qu’on veut démontrer. Parce que ça n’arrive jamais en science, on a des expériences qui sont à chaque fois des arguments, on est un petit peu dans le même genre de raisonnement que la justice, on essaye de « démontrer », mais ça n’est jamais une preuve absolue comme on peut en avoir en mathématique. L’attitude hypercritique, on peut appeler ça du scepticisme, c’est là toute la distinction qu’il fallait faire – on en avait discuté avec mon collègue Jean-François Goubet qui est philosophe de ce terme de scepticisme qui est peut-être mal choisi – c’est peut-être du scepticisme mais ça n’est pas du rationalisme. Et le 2ème point c’est le rejet de la méthode scientifique :On l’observe surtout quand on parle d’homéopathie par exemple, ou de la dangerosité de l’aspartame pour prendre 2 exemples assez courants, et voilà ce qu’il se passe quand vous discutez avec un défenseur de l’homéopathie : vous essayez de vous placer sur le terrain scientifique et vous dites : « Il y a des études, par centaines, par milliers même sur l’homéopathie, et quasiment aucune ne trouve un effet au-delà de l’effet placebo pour l’homéopathie », c’est un fait expérimental. Alors il y a quelques études qui annoncent un résultat positif, là il faut peut-être appelé un des principes qu’on est obligé de prendre en compte quand on étudie toutes ces sciences un peu molles où on doit utiliser des statistiques. En médecine, en psychologie, on utilise des statistiques avec un risque contrôlé qui est en général fixé à 5%, ce qui veut dire que si l’homéopathie n’a aucun effet et que vous faites un test, vous avez 1 chance sur 20 (5%) de trouver un effet, ce sera un faux positif. Et donc pour éviter de se tromper, ce qu’on dit toujours en science, et ça c’est répété régulièrement, en tout cas c’est le cas dans les cursus de psychologie : une expérience isolée ne vaut pas grand-chose. Il faut beaucoup d’expériences, et s’il y a beaucoup comme pour l’homéopathie pour laquelle vous avez des milliers d’expériences, il est normal qu’une partie des expériences trouve un résultat significatif et laisse penser que l’homéopathie a un effet. La grande question c’est de savoir s’il y en a plus que 5%, si la moitié des expériences conclue que l’homéopathie a un effet, ça veut probablement dire que l’homéopathie a un effet. Si vous avez moins de 5% des expériences qui concluent que l’homéopathie a un effet, ça s’explique parfaitement par les faux positifs qui devraient être de 5% si l’homéopathie n’a aucun effet, qui est l’hypothèse nulle. Tout ça pour dire que parmi toutes les études sur l’homéopathie, il y en a quelques unes qui disent qu’il y a un effet, mais elles ne sont pas suffisamment nombreuses pour remettre en cause le tableau général qui est quand même qu’il y a un consensus scientifique très fort en faveur de cette idée que l’homéopathie n’a aucun effet au-delà du placebo. Eh bien, quand vous discutez avec des tenants de l’homéopathie, très souvent vous avancez ces arguments et on vous répond que la méthode scientifique n’est pas valable, en l’occurrence pour l’homéopathie. Pourquoi ? Parce que les médecins sont achetés par les laboratoires pharmaceutiques sauf ceux qui font de l’homéopathie bien évidemment. Parce que la science n’a pas arrêté de se tromper par le passé… Alors tout ça c’est vrai. Il faut bien faire la différence, l’argument qui serait faux est : la science a toujours raison ; elle n’a évidemment pas toujours raison, et l’argument qui en revanche est défendu normalement par les rationalistes qui est : parmi toutes les manières de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux, la science est quand même de loin la meilleure manière. Et donc pour savoir, par exemple, si l’homéopathie fonctionne, je peux me fier à mon intuition, je peux demander à ma concierge ou alors je peux regarder les documents scientifiques. Parmi toutes ces méthodes la plus fiable c’est certainement d’aller regarder les documents scientifiques. Donc on n’a jamais de preuve absolue de quoi que ce soit, mais chercher les opinions et les consensus scientifiques, c’est de très loin la meilleure méthode. Alors là-dessus on est tous d’accord, là je n’ai choqué personne parmi nos amis rationalistes, zététiciens, mais que ce passe-t-il quand maintenant vous discutez avec un rationaliste, un zététicien et que vous lui annoncez des résultats scientifiques qui au lieu d’aller dans le sens de ses opinions comme pour l’homéopathie ou le paranormal, vous lui annoncez au contraire quelque chose qui choque ses opinions, ses idées politiques, ses idéaux de société ? Eh bien c’est ce qu’il s’est passé pour moi, intérieurement puis après quand j’ai discuté avec des zététiciens, quand j’ai commencé a regarder la littérature scientifique concernant les différences hommes / femmes, avec en tête cette idée, cette question : Est-ce que l’hypothèse selon laquelle il n’y a aucune différence psychologique ou cérébrale entre hommes et femmes ou alors, hypothèse un peu plus faible : Toutes les différences qu’on pourrait observer concernant la psychologie ou le cerveau entre hommes et femmes s’expliquent par des effets culturels ou sociaux ? Est-ce que cette hypothèse est validée scientifiquement ? On n’en sait rien ? Ou est-elle réfutée par la science ? Voilà une question que je me suis posée, et j’ai eu des surprises parce que comme beaucoup de gens de notre milieu, zététiciens, rationalistes, etc., j’avais quand même dans l’idée, ou cet espoir que le monde était bien fait. C’est l’illusion de la justice qui a été étudiée par les psychologues sociaux, que le monde était bien fait et qu’il ne devait pas y avoir de différence entre hommes et femmes concernant le cerveau ou la psychologie. D’ailleurs les résultats de la psychologie sociale montrent bien qu’il y a beaucoup d’effets culturels, sociaux, il y a de la discrimination à bien des égards contre les femmes, ça c’est bien établi, il est aussi établi que cette discrimination, ces idées, ces stéréotypes peuvent influencer beaucoup de choses y compris le cerveau lui-même puisqu’on a cette plasticité cérébrale qui fait que le cerveau est sensible à ce que l’on fait, ce que l’on entend, ce que l’on pense, etc… Alors ce que j’ai pu malheureusement observer en discutant avec des gens qui se disent rationalistes, sceptiques, mais sceptiques pas au sens d’un scepticisme universel qui consiste à tout remettre en doute, c’est bien souvent parce que les gens que je fréquente ont un peu les mêmes idéaux d’égalité, c’est le rejet de tout résultat scientifique qui irait contre cette idée qu’il n’y a aucune différence entre hommes et femmes ou que tout s’explique en tout cas par la culture et les discriminations. Et même je dois dire qu’il a été bien souvent quasiment impossible de discuter vraiment du fond du problème et d’en faire un problème scientifique parce que la question d’une différence moyenne entre hommes et femmes et évidemment une question scientifique, mais c’est très difficile même d’aborder simplement la question d’un point de vue scientifique parce que les gens se hérissent tellement assez souvent quand on aborde des questions aussi gênantes, aussi embêtantes que finalement le débat est très vite dévié. Donc j’adresse très simplement cette question, et très rapidement quand j’essayais de discuter de ça, le débat était dévié sur des questions politiques, et donc au lieu de réfléchir comme un scientifique (savoir ce qui est vrai, ce qui est faux), eh bien très vite on m’a sommé d’expliquer pourquoi je m’intéressais à cette question en trouvant ça très louche, ce qui est complètement hors de propos, on peut penser que c’est une question inintéressante, ne pas s’y intéresser, dans ce cas, si c’est votre cas vous pouvez tout de suite raccrocher votre balado et revenir à vos occupations normales, c’est tout à fait légitime bien entendu de ne pas s’intéresser à la question. Mais si on s’y intéresse, il est normal de s’y intéresser d’un point de vue scientifique. Autre chose qu’on m’a souvent dit c’est que la science est fausse là-dessus, fausse sur cette question parce que de toute manière on est imbibés de stéréotypes, de préjugés, etc., y compris les scientifiques. C’est tout à fait vrai, évidemment les scientifiques vont trouver ce qui les arrangent, et que dans les cas, s’il y en a – on verra plus loin qu’il y en a mais ce n’est évidemment pas toujours le cas – où les scientifiques se mettent d’accord pour trouver une différence entre hommes et femmes, c’est en fait simplement le reflet des stéréotypes qu’ils ont en tête, d’une vision sexiste du monde, qui existe effectivement. Ça c’est l’une des deux critiques qu’on fait régulièrement aux croyants, nous autres rationalistes. Alors je voudrais bien quand même qu’on se rende compte de ça. Si vous pensez que certains des résultats dont on va parler tout à l’heure, en neurosciences, en psychologie, ceux qui trouvent une différence sont forcément faux et ne sont que le reflet des préjugés des chercheurs, dans ce cas quel crédit peut-on accorder à des étude: – qui concluent que l’homéopathie ne fonctionne pas alors que là aussi on a un préjugé fort des chercheurs contre l’homéopathie ?– qui concluent que les ovnis ne viennent pas de l’espace alors que là aussi on a un préjugé très fort en faveur de l’idée que ça ne vient pas de l’espace ? Si on remet en cause tous les résultats qui trouveraient une différence entre hommes et femmes avec cette idée que c’est forcément le reflet des stéréotypes et d’une idéologie, dans ce cas on ne peut pas, en même temps, rejeter les contre arguments de ceux qui nous disent : « L’homéopathie ça marche et je ne crois pas en la science », « Les ovnis ça vient de l’espace et je ne crois pas en la science », « Le paranormal ça existe et je ne crois pas en la science », parce qu’on fait la même chose sur les différences hommes / femmes.Je vais vous détailler un peu la manière dont j’ai procédé pour chercher la vérité sur cette question, mais il me reste encore quelques petites choses à préciser avant ça. C’est une introduction un petit peu longue, mais qui servira pour plusieurs épisodes, vous allez voir. Alors d’abord il faut préciser que, comme le disent un certain nombre d’auteurs, il existe des neuromythes. Alors par exemple on a pu lire dans la presse grand public que les femmes étaient tellement bavardes qu’elles prononçaient 4 fois plus de mots que les hommes chaque jour. C’est complètement faux, il y a eu des études scientifiques là-dessus, tout à fait sérieuses, c’est un peu anecdotique, mais dans une des études les mieux faite on avait mis autour du cou d’un échantillon d’hommes et de femmes un enregistreur et on a compté le nombre de mots prononcés pendant une semaine par ces hommes et ces femmes. On a trouvé un tout petit peu plus de mots prononcés par les femmes que les hommes, ce qui évidemment peut être totalement culturel mais rien à voir avec le rapport prétendu de 1 sur 4, c’était de l’ordre de quelques pourcents maximum. Donc une différence minimale, rien à voir avec ce neuromythe. Il y a eu aussi beaucoup d’erreurs de faites, on en reparlera dans un prochain épisode du balado, sur l’épaisseur de corps calleux, sur la localisation des aires du langage, etc. Effectivement il y a eu beaucoup de mythes, en général qui ne viennent pas de la science, mais qui viennent plutôt de ceux qui relaient la science en la simplifiant, neuromythes contre lesquels un certain nombre de personnes s’élèvent et viennent essayer de remettre les pendules à l’heure. C’est le cas de Catherine Vidal qui est neuropsychologue, que vous connaissez sans doute, et qui a rôdé une conférence qu’elle a faite un peu partout et sur laquelle je vais me baser dans la suite des épisodes qui vont parler de ça parce que sa conférence est bien foutue et que Catherine Vidal a fini par identifier quelques arguments clés, j’en ai compté 7, peut-être 8.. Donc on a raison de lutter contre ces neuromythes, il y a des gens qui s’en occupent et c’est très bien. Maintenant la question que je me pose est la suivante : Est-ce qu’on est pas en train de remplacer ces neuromythes par des sociauxmythes? Ce que j’appelle un sociauxmythe c’est cette hypothèse que toute différence qu’on peut observer entre hommes et femmes, qu’elle soit cérébrale ou psychologie s’explique par des effets culturels, sociaux et la discrimination. Alors je précise ici tout de suite quelque chose qui n’est absolument pas mise en doute par les scientifiques, c’est l’existence de discriminations, de stéréotypes, du sexisme et le fait expérimentalement prouvé à de nombreuses occasions que ces stéréotypes peuvent avoir une influence sur la psychologie, les compétences, et y compris le cerveau parce qu’il est très plastique et que selon ce qu’on fait, ce qu’on vit, on va avoir des différences cérébrales tout à fait visibles. On en reparlera, là aussi dans un autre épisode. Voilà, la question qu’il faut garder à l’esprit pendant cet épisode et les suivants qui parleront du même thème est la suivante : On sait qu’il y a des effets culturels, que la discrimination contre les femmes, ou dans certains secteurs, contre les hommes (parce que ça arrive aussi même si c’est beaucoup plus rar…
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