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Interview: Nima Yeganefar. Ceci est la transcription de l’épisode #199: La vaccination (et l’anti-vaccination) du balado Scepticisme scientifique. Il s’agit d’une interview de Nima Yeganefar. Cette transcription a été légèrement éditée au niveau du contenu. Un tout grand merci à Jérôme pour avoir réalisé cette transcription. Jean-Michel Abrassart : Je suis avec Nima Yeganefar qui tient un blog qui s’appelle Sham and Science, c’est un blog en français avec un titre en anglais mais il va nous expliquer pourquoi certainement. Mais je suis sûr que vous avez tous remarqué ce blog qui est vraiment 100% sceptique, sur les médecines alternatives. Bonjour. Nima Yeganefar : Bonjour Jean-Michel. Merci de m’avoir, comme ils disent en anglais. Jean-Michel Abrassart : (Rires), racontes-nous un peu qui tu es et comment tu en es venu à créer ton blog Sham and Science ? Nima Yeganefar : En fait j’ai beaucoup réfléchi à la question et finalement je n’ai pas trop de réponse. Je me suis créé plein d’histoires dans ma tête pour essayer d’avoir une espèce de logique lors de la création de ce blog, mais finalement je ne sais pas trop comment j’en suis arrivé là. Ça correspond à une période de ma vie où je militais beaucoup moins politiquement, et je crois que quand on défend des idées en politique, ça devient quelque chose qui fait partie de notre philosophie, de se battre, de défendre des choses auxquelles on croit, et peut-être à ce moment-là du coup je me suis retrouvé dans l’idée de défendre la science plutôt que la politique et. Ça a correspondu aussi à un moment où je me suis senti très en minorité face aux gens qui étaient autour de moi et je me demandais si ce que je racontais était juste, si je défendais des idées qui étaient valides, donc je me suis dit que c’était un moyen de me confronter à la communauté des blogueurs sur Internet, pour voir s’il y avait d’autres gens qui partageaient mes idées. Evidemment je connaissais la communauté sceptique, mais je voulais voir s’il y avait, au-delà de cette communauté d’autres gens qui partageaient les mêmes idées. Finalement je suis assez content du résultat parce que j’ai des bons retours, les gens apprécient ce que je fais donc c’est assez chouette. Jean-Michel Abrassart : Ton blog existe depuis combien de temps maintenant ? Nima Yeganefar : Pas si longtemps que ça. Ça va faire à peu près 6 mois maintenant. Ça a démarré après une conférence sur les OGM dans mon université, lors de laquelle je me suis vraiment senti très en minorité par rapport aux positions que je défendais. Après cette conférence je me suis dit : « Là, vraiment il faut que je fasse quelque chose », et j’ai commencé ce blog après cette conférence, voilà. Jean-Michel Abrassart : Et est-ce qu’il y a des auteurs anglo-saxons qui t’ont inspiré ? Comme tu parles des médecines alternatives, je me disais, peut-être que Ben Goldacre, et d’autres… Nima Yeganefar : Oui, ah oui oui, je suis un grand fan de Ben Goldacre. C’est un médecin en Angleterre qui a écrit un bouquin très connu qui s’appelle « Bad Science ». Il écrit aussi dans le journal The Guardian, peut-être un peu moins maintenant et il a sorti un deuxième bouquin « Bad pharma » sur les dérives des trust pharmaceutiques qui devrait intéresser beaucoup de gens d’ailleurs, j’ai acheté le livre mais je ne l’ai pas encore lu. Il y critique notamment le manque de transparence dans le domaine des essais cliniques… Il y a pas mal de choses intéressantes à regarder dans sa critique. Il y a un autre blog qui m’a aussi beaucoup aidé, celui de l’AFIS (l’Association Française pour l’Information Scientifique) je les suis beaucoup et j’aime ce qu’ils font, notamment leur magasine Science et Pseudo-Science que tu dois connaître aussi. Il y a aussi un autre blog, américain, qui s’appelle Science Based Medicine, je suis un grand fan de ce blog, j’ai lu beaucoup de choses là-dedans et j’y ai appris beaucoup de choses aussi. Jean-Michel Abrassart : Oui c’est le blog qui a été créé au départ par Steven Novella du The Skeptics Guide to the Universe, enfin moi j’ai surtout écouté le podcast pendant des années, mais le blog, effectivement je le consulte régulièrement mais c’est très technique, c’est très dense, il y a beaucoup de matière. Nima Yeganefar : Oui il est très dense, et ça dépend des auteurs aussi, c’est un collectif qui écrit dans ce blog, c’est une idée assez sympathique et suivant les auteurs on a une manière d’écrire différente, un ton différent aussi et au bout d’un moment on commence à connaître les gens, c’est asssez sympathique finalement. Jean-Michel Abrassart : Et au niveau de ta formation ? Tu es médecin ? J’en ai aucune idée en fait (rires). Nima Yeganefar : Je suis maître de conférence à l’Université de Poitiers et je ne travaille pas du tout dans la médecine, je travaille dans ce qu’on appelle l’automatique informatique industrielle. Pour faire simple, c’est la science de la régulation, par exemple quand tu prend ta douche tu régules la température à un certain degré, ou quand on prend un avion l’altitude du vol doit être régulée, le vol doit être robuste c’est à dire qu’il n’y ait pas beaucoup de mouvements quand il y a des perturbations, des choses comme ça. Donc je travaille là-dessus et c’est assez théorique, je crée des modèles mathématiques sur lesquels je travaille, les trajectoires, les choses comme ça. Donc ça n’a rien à voir avec mon blog, c’est vrai que parfois ça surprend les gens que je parle de ces domaines, ce n’est pas ma recherche. Jean-Michel Abrassart : Par contre ça explique que tu aies le logo de l’Université de Poitiers sur ton blog. Nima Yeganefar : Oui, d’ailleurs il y a eu une petite discussion à l’ouverture du blog, quand elle a ouvert cette plate-forme pour permettre aux maîtres de conférence de bloguer, l’université ne s’attendait pas à ce qu’il y ait quelqu’un qui veuille bloguer sur les notions de science en général et pas vraiment de sa recherche. Donc il y a eu un petit débat à l’intérieur de l’université et puis finalement ils m’ont autorisé et je crois que pour l’instant ça ne se passe pas trop mal. Jean-Michel Abrassart : Très bien, donc je t’ai invité pour que tu nous parles de la vaccination, tu as blogué sur ce sujet récemment et c’est encore un sujet que je n’ai pas beaucoup traité sur le podcast, le balado, donc je pensais que ça valait la peine qu’on en parle plus spécifiquement. Nima Yeganefar : Pour revenir un peu à l’histoire de la vaccination, ce n’est pas une idée très nouvelle finalement, les historiens retrouvent dans pas mal de civilisations l’observation de gens qui ont contracté une maladie puis ne la contractent plus ensuite quand ils y sont de nouveau confrontés. Par exemple dans le cas de la variole, on a pas mal d’exemples dans l’histoire où on a constaté que des gens étaient immunisés après l’avoir contracté une première fois. Donc ça a donné l’idée à un médecin de se dire : « Voilà, finalement il y a peut-être quelque chose qui se passe dans le corps, la première fois qu’on attrape une maladie si on n’en meurt pas évidemment, on devient immunisé contre cette même maladie ». L’histoire est intéressante, ce médecin s’appelle Edwouard Jenner, c’est un anglais, et à la fin du XVIII° siècle il a commencé à tester cette théorie sur la variole qui s’appelle en anglais « smallpox », je vais te dire pourquoi je donne le nom anglais. C’est cet anglais qui a inventé le terme de vaccination, du latin « vacca » qui veut dire « vache » qui se dit « cow » en anglais. Tout ça paraît un peu confus, mais qu’elle était l’idée de Jenner ? Eh bien il s’est dit : « Tiens le smallpox c’est très dangereux et on a une forme un peu différente qui circule chez les vaches qui s’appelle « cowpox » et cette forme qui est un peu moins dangereuse pour l’humain car plus spécifique aux vaches, je vais infecter des gens avec, et regarder comment ils vont survivre par rapport au smallpox », c’est à dire par rapport à la vrai variole. Et quand il a fait ça il s’est rendu compte que pas mal de gens développaient une résistance au smallpox. C’était un peu le début de la vaccination. Donc historiquement le terme de vaccination vient de cet anglais qui a testé une défense de la variole avec une maladie qui s’appelle la vaccine ou variole des vaches, cowpox en anglais. Donc tout ça c’est assez drôle. Puis c’est finalement bien plus tard qu’on a compris le mécanisme de la vaccination avec les travaux notamment de Pasteur. Juste pour expliquer comment ça marche, le système immunitaire est quelque chose de fascinent dans le corps humain, c’est quelque chose d’évolutif et c’est quand même extraordinaire car quand on est attaqué par des agents pathogènes on développe une réponse et le système immunitaire retient cette réponse, c’est quelque chose de très fort, et plus le temps avance, plus on est affecté, et si on survit évidemment, le système immunitaire devient de plus en plus fort. Donc pour imager, pour expliquer comment ça marche, on pourrait imaginer un pêcheur avec un filet, et quand il pêche il faut qu’il choisisse le bon filet pour le bon poisson. Le système immunitaire, quand il est confronté à un agent infectieux, il va libérer ce que l’on appelle des anticorps qui vont venir se fixer sur cet agent pathogène, et ensuite certaines cellules vont le repérer et l’éliminer. Ce sont les fameux lymphocytes D et T, ce sont en gros les globules blancs qui jouent ce rôle-là. Donc cette image du pêcheur avec son filet, c’est un peu comme ça que ça marche, c’est à dire que chaque virus a une carapace avec une forme spécifique et pour pouvoir le repérer et le combattre il faut que le corps humain développe des anticorps spécifiques à ce virus. Donc comment marche le vaccin ? Finalement le vaccin, comme c’est le seul composant que je connaisse qui finalement « booste » le système immunitaire. C’est un terme qui est vraiment à la mode en ce moment « booster son système immunitaire », c’est souvent en mangeant des trucs, mais je pense que la manière la plus scientifique de booster son système immunitaire c’est de se faire vacciner. Et pourquoi ? En fait l’idée est très simple, c’est de dire : « Si je veux courir un marathon, je ne vais pas commencer à courir 40km d’un coup, je vais commencer petit à petit en courant 5km, 10km pour entraîner mon corps, pour qu’il s’adapte à une course de 40km ». Eh bien la vaccination c’est ça, on va donner au corps un virus qui est très faible qui n’a aucun risque de te tuer, et le corps va développer des réactions, des anticorps pour se défendre contre ce virus. Et donc après, une fois que tu seras infecté par la vraie maladie, tu développera ces anticorps de manière beaucoup plus rapide et intense. A la première infection à un agent pathogène, le corps mets 5 à 10 jours pour développer une réponse immunitaire. Pour la deuxième infection et celles qui suivent, on passe à une réponse en 1 à 3 jours. Tu vois, la diminution est quand même super importante. Et non seulement la réponse est plus rapide, mais on sait parce qu’on peut le tester que les anticorps sont en nombre beaucoup plus important, donc le virus n’a vraiment pas le temps de se développer, il est repéré beaucoup plus rapidement et attaqué beaucoup plus massivement. C’est je pense un point fort, c’est-à-dire que le mécanisme de la vaccination est vraiment connu, on sait comment ça marche, on peut le tester et se rendre compte de l’efficacité du vaccin et de la rapidité à laquelle le corps peut réagir une fois qu’il a été préparé à répondre. Donc préparer son corps à ça, booster son système immunitaire, c’est vraiment la philosophie du vaccin. On va arriver les anti-vaccins après, mais tout ça permet de comprendre leurs arguments et je pense que c’est très important. On peut parler des différentes formes de vaccins qu’on a aujourd’hui, il y a grosso modo 3 types de vaccins : 1) Les vaccins issus d’agents vivants atténués dans lesquels on trouve un virus vivant, le vrai virus qu’on veut combattre, mais sous une forme très atténuée qui normalement t’évite d’être malade. Il y a évidemment plusieurs risques liés à ce vaccin-là mais qui sont très faibles et bien mesurés, comme de tomber malade de la maladie pour laquelle on cherche à s’immuniser. L’autre problème qui peut se poser est lié à la manière dont on atténue le virus, par une forme d’évolution. Par exemple on va inoculer le virus à des animaux puis on va les faire se reproduire, le virus va devenir très agressif sur l’animal, mais beaucoup moins pour l’homme. Donc quand on va l’inoculer à l’homme il va pouvoir réagir contre ça. Ça veut dire que le virus va un peu muter et il peut muter en sens arrière aussi quand on le donne à l’homme. Alors le risque a été évalué et il est extrêmement faible, mais tu sais que dans la démocratie aujourd’hui, dès qu’on parle d’un risque, aussi minime soit-il, ça fait toujours très peur. Donc les mouvements anti-vaccination reviennent systématiquement sur les risques en oubliant de parler des bénéfices, on reviendra bien sûr là-dessus. C’est la première forme de vaccin, le ROR est un exemple de vaccin issu d’agents vivants atténués. 2) Les vaccins issus d’agents infectieux inactivés, signifie que le virus ne peut pas se reproduire, c’est-à-dire que lorsqu’on te l’inocule il n’y a à priori aucun risque que tu ne contractes la maladie. C’est assez intéressant car il y a encore moins de risque que le cas précédent, mais parfois l’inactivation peut mal se faire, donc on a déjà constaté que parfois des gens tombent malade suite à une vaccination dans cette situation-là. 3) Les vaccins synthétiques ou dégradés, c’est-à-dire qu’on ne trouve même plus le virus en entier, mais des morceaux du virus, ça c’est le stade ultime où il n’y a vraiment aucune possibilité d’attraper la maladie puisque le virus n’est plus là. Ça permet d’aider le système immunitaire à développer des anticorps qui vont réagir contre le virus, donc l’efficacité est gardée. On trouve les vaccins pour l’hépatite B ou le HPV (Virus du Papillome Humain) sous cette forme-là. Après, il y a d’autres formes de vaccins, comme celui pour le Tétanos où on ne prévient pas la transmission du Tétanos, mais simplement on lutte contre les effets de la maladie. Si je précise qu’il y a d’autres formes de vaccins comme cette forme-là c’est parce qu’un argument des anti-vaccins tourne autour de la notion de choix individuel / choix collectif, mais je reviendrai là-dessus un peu plus tard ci ça ne te dérange pas. Donc pour finir sur les vaccins, donc il y a 3 types différents : Le virus atténué, inactivé ou alors complètement dégradé, il y a des formes d’administration différentes, ça peut se faire par injection avec une aiguille, c’est ce qu’on connaît habituellement, on peut aussi administrer un vaccin par voie orale. Enfin il y a tous les problèmes qui font la Une des associations anti-vaccins concernant tous les composants du vaccin qui ne sont pas les anticorps, ce sont les excipients. Il y a donc les adjuvants, les conservateurs, les agents de stabilisation : – Les adjuvants permettent de booster la réponse immunitaire du système. On retrouve l’aluminium qui a souvent été mis en cause par les associations anti-vaccin, on trouve aussi le squalène souvent décrié. – Comme conservateur on trouve le mercure aussi largement décrié par les associations, il se trouve aussi sous une forme appelée Thimérosal dont on trouve parfois le terme dans la littérature anti-vaccin, on reviendra aussi dessus. Les conservateurs sont principalement utilisés pour les vaccins multi doses, vaccins que l’on va réutiliser plusieurs fois. On peut se demander à quoi ça sert, en fait c’est utile dans les pays développés lorsqu’on veut faire une campagne de vaccination car ça prend moins de place et c’est plus pratique. – Les agents de stabilisation comme l’albumine bovin ou humain assurent l’homogénéité du produit en stabilisant les antigènes tout au long du processus de fabrication du vaccin. Pour finir avec cette partie sur la présentatio…
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