Show notes
Ce double épisode spécial (pas d’épisode la semaine prochaine, le podcast est en vacances) est le fruit d’un groupe de travail de 6 personnes (présenté par Irène). Nous avions pour ambition de vous proposer une introduction au sujet, de manière la plus rationnelle et scientifique possible, en évitant de tomber dans les dérives qu’on peut observer lors de certaines interventions sur ce sujet. J’espère que cet épisode que nous avons préparé pendant plusieurs semaines permettra à certains de mieux comprendre le féminisme et d’avoir une position plus nuancée. Attention, cet épisode dure 2h, n’hésitez pas à le télécharger afin de pouvoir faire une pause et reprendre plus tard sans problèmes (le lecteur audio est un peu capricieux avec les longs enregistrements). A la fin de ce texte, vous trouverez la version écrite de l’épisode. Nous aborderons différents thèmes, voici les principaux :– petite introduction historique aux différents courants féministes.– quelques concepts théoriques clés dont on discutera de la pertinence scientifique– critiques souvent entendus par rapport au courant féministe– comment tenter de rester nuancé et constructif dans ce type de débat, sans contribuer aux discriminations Cet épisode n’aurait pas été possible sans le travail et les conseils des personnes suivantes : Irène, du blog La Nébuleuse : https://manebuleuse.wordpress.com/Emi Serres : Modératrice du groupe facebook « Les Copines »Maxence Ouafik, zététicienMissa Andriana https://twitter.com/MissaAndrianaJeanne , rédactrice du site collaboratif l’Echo des Sorcières: http://lechodessorcieres.net/ Merci à vous ! :) ——————————————————–version écrite—————————————————- Épisode #331-332: Le Féminisme : Introduction historique, concepts théoriques, militantismes J : Salut à tous, Jérémy Royaux pour Scepticisme Scientifique et aujourd’hui c’est un épisode un petit peu spécial puisqu’on va parler de féminisme et pour ça je suis avec Irène. Salut Irène.I : Salut.J : Et avant de demander à Irène de se présenter, je veux juste dire quelques mots du contexte de cet épisode qui est un peu particulier : donc c’est un épisode qu’on a préparé pendant plusieurs semaines et même si c’est Irène qui va présenter essentiellement le sujet, cet épisode a été préparé par plusieurs personnes. On a réuni un petit groupe de personnes qui connaissaient plus ou moins bien les problématiques de discrimination, liées au féminisme. Il y avait Emi Serres qui est la modératrice du groupe « Les copines » anciennement « Les copines de Causette », il y avaitMissa Nirina Andrianasolo qui tient un blog dont je mettrai le lien sur la page de l’épisode pour ceux que ça intéresse, il y a Maxence Ouafik, Maxence est un sceptique qui est sur le groupe zététique depuis quelques années et aussi administrateur d’un groupe LGTB. Et la dernière personne c’était Jeanne Schwartzkopff qui tient un blog qui s’appelle « L’Echo des Sorcières ». Voilà. Donc le contenu qu’on va vous présenter il a vraiment été conçu par toutes ces personnes et c’est grâce à eux qu’on peut faire cet épisode aujourd’hui. Merci à elles et à eux. Donc je mettrai les liens de tous leurs blogs et les infos qu’il faut sur la page de l’épisode. Irène est-ce que tu peux te présenter un petit peu pour les auditeurs ?I : Oui bien sur. Alors donc moi c’est Irène, je tiens un petit blog aussi, mais je suis surtout sur le groupe de zététique depuis un moment maintenant, ça fait presque deux ans. J’ai un double intérêt pour la zététique et le féminisme. C’est ce qui fait que je suis là ce soir. Même si, comme l’a dit Jérémy, c’était une réflexion collective qui a précédé ce podcast. J’en profite juste pour préciser que « L’Echo des Sorcières » c’est un site internet collaboratif, ce n’est pas le blog perso de Jeanne. Mais elle écrit bien dessus par contre.J : Une question que l’on aime bien poser aux invités c’est comment est-ce que tu as connu la zététique ?I : J’ai découvert la zététique avec les cours donnés par Richard Monvoisin à l’université deGrenoble. C’est assez récurrent, c’est bon signe. Donc oui, c’est par le biais des cours universitaires que j’ai découvert ça.J : Ok. Alors juste pour dire quelques mots rapidement du contenu de l’épisode. On va évidemment présenter un petit peu le féminisme dans les grands points. On parlera un petit peu des différents courants, des différents points de dissensions aussi à l’intérieur de ces courants. On évoquera quelques remarques et critiques qui sont souvent faites aux militants féministes et leurs théories ou leurs idées. Et on parlera aussi un petit peu de la communauté sceptique puisque l’idée de cet épisode c’était de pouvoir informer un petit mieux les sceptiques sur ce que c’était que le féminisme. Qu’ils puissent un peu mieux comprendre aussi ce qui est lié aux discriminations, comment est-ce qu’on peut participer à une évolution de la société par rapport à ça surtout sur les groupes que l’on fréquente, comment est-ce qu’on peut diminuer une petit peu ces discriminations parfois qui ont lieu sans qu’on s’en rende vraiment compte. Je ne parle pas ici de remarques volontairement violentes ou agressives, des petites choses auxquelles on ne fait pas attention on n’est pas bien informés et on parlera aussi de certains concepts par rapport à leurs limites, ou certaines critiques que l’on peut faire par rapport à ces concepts. Maintenant le but de l’épisode, ce n’est pas de distribuer des points ou des conclusions pour dire qu’est ce qui est bien ou qu’est-ce qui n’est pas bien, comment est-ce qu’il faut militer ou pas, est-ce que le féminisme c’est de la merde ou est-ce que c’est truc qui est pertinent, mais voilà on essayera de rester centrés sur des choses objectives et de faire l’analyse zététique de ce qui peut être analysé, c’est à dire certaines choses et pas tout. On va essayer de ne pas confondre nos opinions avec les faits et ce qu’on peut en dire. Voilà, pour le reste je te laisse la parole.I : D’accord merci. Alors on va essayer dans cet épisode de vous présenter un peu l’histoire du féminisme rapidement et les différents courants qu’il y a pour essayer de casser un peu l’idée que le féminisme serait un ensemble homogène, avec des personnes avec les même profils et finalement tout le monde serait un peu d’accord. Je m’excuse d’avance si ça fait un peu exposé scolaire de temps en temps. De toute façon Jérémy sera là pour donner un peu de dynamisme à tout ça et que vous n’ayez pas l’impression d’être devant un exposé comme vous en entendiez au collège. Pour commencer on tenait à rappeler l’histoire du féminisme essentiellement dans nos pays occidentaux et ce qu’on qualifie souvent de différentes vagues du féminisme. Donc le féminisme en tant que tel c’est un mot qui est apparu assez tardivement vers la fin du 18e – début 19e. Avant ça il y avait des précurseurs mais ce n’était pas dit en temps que tel donc on fait souvent remonter ça au moment du combat des suffragettes donc du combat pour le droit de vote, et les trois vagues qui sont le plus souvent identifiées, bien qu’il s’agisse de vagues qui sont tout à fait schématiques et dont la distinction entre ces trois vagues est parfois contestée. La première vague correspondrait en fait à toute la mouvance entre le 19e-20e dont les contestations s’établissent principalement autour du droit de vote, de l’accès à l’éducation ou encore des conditions de travail des femmes. Donc c’est un combat à la fois pour une égalité institutionnelle et aussi des trucs plus prosaïques, les conditions de travail, etc. A noter que ce n’est déjà pas un mouvement unifié parce que les revendications ouvrières n’étaient pas les mêmes que les suffragettes issues des classes bourgeoises.La deuxième vague c’est plutôt les féministes qu’on pourrait appeler post-68, qui s’est développée entre les années 1960 et les années 1980, ce féminisme là dénonçait les inégalités présentes dans la loi, institutionnelles, mais il va vraiment commencer à mettre en évidence les inégalités perpétrées par l’assimilation de certaines représentations sociales et donc finalement la façon dont ça se perpétue par la socialisation avec toute une réflexion sur le statu des femmes dans la société, une réflexion sur l’indépendance économique, les tâches ménagères, ce genre de choses, autant des choses qui étaient déjà un peu présentes avant bien sur comme je le disais, c’était schématique. Et ensuite il y a ce qu’on appelle la troisième vague à partir des années 1980, une troisième vague qu’on relie souvent un peu plus au mouvement féministe américain, mais aussi en Europe. Et celui-ci s’inscrit à la fois dans la rupture et dans la continuité avec les vagues précédentes en essayant de tirer aussi des leçons de certains échecs et en s’appuyant sur une critique d’un féminismemajoritairement blanc et bourgeois et donc pas représentatif. Et qui va essayer de donner une importance à la diversité et à l’inclusion de certains groupes jusqu’ici laissés en marge du mouvement féministe. Notamment les femmes racisées, ou de couleur selon la terminologie employée, les personnes LGBT et en particulier les femmes transgenres. Donc c’est un peu dans ce cadre là qu’on a des réflexions sur l’intersectionnalité qui désigne le fait d’accorder de l’importance, de faire peser sa réflexion sur la façon dont différentes oppressions peuvent se conjuguer, notamment oppression de race, de genre, de classe et après d’autres oppressions comme celles qui concernent les personnes non valides par exemple.Donc ça c’est un peu le coté très « schématique ». Il y a quelque chose qui est vraiment important à rappeler, je préfère le faire dès maintenant, c’est que ces vagues sont valables pour les pays occidentaux, l’Europe, l’Amérique du Nord en particulier, mais ça a été souligné de nombreuses fois donc je vais le faire aussi, c’est important de ne pas rester centré là dessus, parce que le féminisme a une histoire différente dans d’autres parties du monde, différente et qui est tout aussi riche notamment à partir du 20e siècle. Et c’est aussi ce qui explique des contestations du féminisme occidental dans d’autres parties du monde. On peut penser au féminisme du monde arabe mais on a d’autres courants qui ne recoupent pas forcément ces vagues exactement, notamment l’Afro-féminisme qui existe depuis longtemps, c’est un apport assez important au féminisme de manière générale et qui n’est pas du tout cantonné aux Etats-Unis, on a des Afro-féministes françaises aussi.Voilà donc c’était un petit rappel. Si tu as des questions, des remarques ?J : Oui un point intéressant, juste une petite remarque par rapport à un reportage que j’ai vu la semaine passée de la créatrice du collectif qui s’appelle « Osez le féminisme » qui disait dans une interview justement que c’était très difficile, même en temps que féministe, de ne pas faire de la discrimination envers d’autres féministes, parce que si dans un collectif donné, il n’y avait pas de personnes qui par exemple représentent par exemple des femmes africaines ou des femmes musulmanes, c’est tellement une autre culture que c’est difficile de se mettre dans la peau de ces gens-là et de comprendre comment ils vivent leur féminisme, ce qui amène automatiquement une forme de discrimination envers les autres groupes.I : C’est intéressant que tu le soulignes, et c’est intéressant que ce soit cette personne, c’était Caroline de Haas, je pense ?J : oui c’est ça.I : Parce que en fait il se trouve que « Osez le féminisme » en France fait partie des associations qui sont régulièrement l’objet de ces critiques, sur le féminisme blanc et bourgeois. C’est quelque chose qui leur est très souvent reproché, ou leur traitement de certains sujets. Un féminisme qui s’inscrirait pas mal dans l’héritage de la deuxième vague. Il y a même des gens qui donnent des témoignages par rapport à ça, c’est pas forcément très diversifié. Moi je ne suis pas forcément toujours très au fait de ces critiques là, même si je les entends bien, mais c’est important de souligner que ce type d’associations majoritaire en France est un peu dans le collimateur par rapport à ça.J : ça permet je pense de comprendre une idée qui est importante, c’est qu’avoir conscience de toutes les discriminations, c’est pas uniquement une question de volonté. On peut pas non plus être dans la tête de tout le monde en même temps. Et on ne peut pas avoir conscience de vécu de personnes qui n’ont pas le même vécu que nous. Ce qui fait que les gens qui étaient comme tu disais, des blanches bourgeoises, ça ne va pas forcément de soit de comprendre ce que c’est d’être féministe quand tu es africaine au Congo.I : Les préoccupations ne sont pas les mêmes. Après là où ça peut devenir un peu alarmant c’est dans le fait qu’une fois qu’on a constaté ça dans son militantisme, finalement on en reste un peu là. On dit « bon ben tant pis, on n’a pas réussi à diversifier » et puis bon, ça ne change pas, un an, deuxans, dix ans après, c’est toujours aussi peu diversifié alors que, voilà, peut-être qu’il y a aussi des clivages de fond, c’est à dire que les positions mêmes qui sont défendues par ces associations font que les personnes transgenres, les personnes racisées, et les personnes qui sont concernées par cette intersectionnalité, par cette conjugaison des oppressions, elles ne se retrouvent pas dans ces associations là. Ça c’est une réflexion importante, d’autant plus que ce sont ces mouvements là qui sont majoritaires, c’est à elles qu’on tend le micro quand on invite des féministes, etc.J : C’est clair que ton exemple des personnes transgenres c’est intéressant parce que c’est vraiment une minorité dans les minorités, donc on peut facilement imaginer en quoi c’est difficile de prendre conscience du vécu des personnes transgenres. Parce que si on parle de féministes ou de personnes africaines, c’est quelque choses que l’on connaît un peu plus parce qu’on en parle beaucoup. Après, devant certains récits ou vécus de personnes transgenres c’est beaucoup plus des choses dont on ne parle pas et qu’on ne connaît pas bien. Donc c’est très difficile de se représenter ce que c’est pour ces personnes.I : Oui c’est sure, c’est tout l’enjeu de donner une visibilité à ces personnes là, parce qu’il y a une sorte de panique, mais même en temps que militant, par rapport à certains trucs qu’on ne connaît pas, une tension, mais c’est ce qui explique aussi la montée d’approches différentes du féminisme beaucoup d’importance justement à l’aspect inclusif, et qui l’affirment et qui le martèlent et moi je pense qu’elles ont totalement raison de dire qu’il faut inclure tout le monde et que c’est vraiment très alarmant d’avoir des groupes majoritaires comme ça qui non seulement ne sont pas forcément dans cette optique là mais qui n’entendent pas forcément les critiques qu’on leur fait, ce qui est encore plus embêtant.J : Et donc le terme qui est utilisé pour nommer cette troisième vague, c’est le terme intersectionnalité, c’est ça ?I : Je me suis un peu plus renseignée dessus, parce que je savais déjà que l’on parlait de troisième vague. Finalement ce qui ressort c’est que l’appellation de vague elle est contestée un peu, déjà pour les trois mais en fait, elle fait assez débat pour cette troisième vague parce que c’est très hétérogène, qu’il y a des tendances différentes qui sont apparues dans différents contextes, etc. C’est aussi à ce moment là que l’Afro-féminisme, par exemple en France, il se fait beaucoup plus entendre, et c’est tant mieux, mais finalement est-ce qu’on peut parler de vague en temps que mouvement unifié qui aurait une idéologie commune etc. ? C’est pas sure. Donc, oui c’est entre autres caractérisé par ces réflexions sur l’intersectionnalité, qui est à la fois un concept militant mais aussi un concept scientifique qui a est utilisé par des sociologues, qui s’est développé dans le cadre universitaire, mais je ne pense pas qu’on puisse qualifier cette vague là de cette manière en tous cas.J : D’accord.Irène : C’est importa…
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